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Expert - 20 Janvier 2026

IMM' EAU' BILIER : de l'or bleu à canaliser


IMM' EAU' BILIER : de l'or bleu à canaliser

Notre alimentation en eau ne coule pas de source ! Il faut la gérer comme une ressource stratégique pour répondre à notre consommation domestique. À l'aide de sa plateforme " Global Aqua Building ", l'expert Sébastien Chambinaud explore un filon porteur…

Pourquoi devons-nous désormais considérer l'eau comme l'or bleu ?

S. Chambinaud : Sans eau, il n'y a ni santé, ni alimentation, ni ville qui fonctionne, ni immobilier rentable. Le climat fragilise la ressource, les tensions augmentent, et notre modèle " l'eau paye l'eau " arrive en bout de course. Comme le carbone hier, l'eau devient la contrainte stratégique de demain pour les territoires, les entreprises et les ménages. Sans compter que le prix de l'eau va exploser dans les années à venir. Il devrait atteindre + 30 % dans les 5 ans, + 100 % dans les 10 ans, voire + 300 % dans certaines zones rurales ou montagnes.

Quels défis s'imposent à nous pour préserver cette ressource ?

S. Chambinaud : Nous devons gérer en même temps la quantité (stress hydrique), la qualité (pollutions diffuses) et le temps (sécheresses/pluies extrêmes). En plus d'une gouvernance " éclatée ", s'ajoutent des prix de l'eau trop bas, des réseaux avec des fuites et des données mal partagées ! Le vrai défi consiste à passer d'une situation de gestion de crise à une planification sobre, financée et assumée politiquement. Actuellement, pas moins de 6 ministères ont leur mot à dire au sujet de l'eau.

En quoi l'immobilier doit-il se montrer respectueux des besoins en eau ?

S. Chambinaud : Un bâtiment consomme et rejette de l'eau pendant 50 à 80 ans, il a donc une responsabilité majeure. Aussi, le logement est le deuxième consommateur et pollueur d'eau  après l'agriculture. Selon l'ONU, la consommation des villes va passer de 11 % à 40 % d'ici à 2050. Pour autant, la France a perdu plus de 30 % de son eau renouvelable entre 1995 et 2025. Pour satisfaire aux besoins, notre modèle doit évoluer. Logements, bureaux, hôpitaux, écoles… ces structures doivent devenir plus sobres, plus résilientes et moins pénalisantes pour les réseaux. Avec le label et la mise en service de la plateforme www.globalaquabuilding.com début février 2026,  je propose un outil de mesure, de pilotage et de dialogue avec les maîtres d'ouvrage, les collectivités territoriales, les banques et les assureurs.

Quelles évolutions nous propose votre plateforme Global Aqua Building ?

S. Chambinaud : La plateforme " Global Aqua Building ", combine des équipements sobres (robinets, douches, WC, électroménager) et un vrai comptage (compteurs divisionnaires, suivi des fuites, double comptage entrée/sortie). 
Dans la mesure du possible, nous ajoutons la récupération des eaux pluviales (réemplois), la séparation des eaux usées (recyclage) et des surfaces d'infiltration plutôt que le tout-à-l'égout. Il faut penser infiltration, phytoépuration et végétalisation. Le tout est piloté par une logique de sobriété, substitution, réutilisation et suivi dans le temps via une plateforme de scoring partagée avec les acteurs du bâtiment.

Quelles propositions formulez-vous pour mieux encadrer la distribution de l'eau ?

S. Chambinaud : Je plaide pour une tarification progressive (volume vital protégé, puis prix croissant sur les usages de confort), couplée à des obligations de plans de sobriété et de réutilisation pour les grands consommateurs et les grands parcs immobiliers. Parfois décriée, la tarification progressive peut être injuste dans les bâtiments sans compteurs divisionnaires. Ce n'était pas obligatoire avant 2007. 
Il faut aussi plus de transparence sur les rendements de réseaux et les volumes prélevés par territoire. Cela permet d'adapter les règles et les investissements selon le stress hydrique.
Le " Global Aqua Building " vient outiller toute cette gestion. Il mesure, bâtiment par bâtiment, les prélèvements, rejets, substitutions et impacts sur les réseaux, ce qui permet aux collectivités, distributeurs, banques et assureurs de cibler leurs tarifs, aides et bonus-malus sur des critères objectifs.
Pour les transactions immobilières, je propose d'intégrer l'eau dans le dossier de diagnostic technique (DDT), au même titre que le DPE. Il s'agirait d'un diagnostic eau/risque hydrique adossé à un scoring. Cela permettrait de qualifier chaque bien en termes de sobriété, récupération, risques inondation/stress hydrique, charges futures d'eau, pour informer clairement vendeur et acquéreur. " Global Aqua Building " fournit un référentiel neutre, chiffré, que les notaires pourraient annexer aux actes pour sécuriser les transactions et mieux valoriser les biens sobres en eau.

Comment peut-on soutenir votre action ?

S. Chambinaud : Un notaire sécurise la transaction, limite les contentieux et informe les partie : l'eau devient un paramètre supplémentaire. Par exemple, des permis de construire ont été refusés car les projets se situaient dans des zones où la collectivité n'est plus en capacité d'assurer l'alimentation en eau pour les nouveaux habitants. Cette situation va se reproduire ! À mesure que la ressource se tend, l'eau devient un critère bloquant pour autoriser ou non de nouveaux projets. En s'appuyant sur le scoring de la plateforme www.globalaquabuilding.com, les études peuvent proposer un "éclairage eau/risque hydrique" du bien (valeur, jouissance, risques), en annexe, au même titre que le DPE. Cela reste souple, mais donne aux clients une vision complète de leur futur bien dans un contexte où l'eau va peser de plus en plus.

Quels sont les impacts sur les primes d'assurance ?

S. Chambinaud : 20 à 40 % d'efficience hydrique sont atteignables entre un bâtiment "standard" et un autre bien conçu et bien exploité. Cela représente des milliers de m3 d'eau potable évités sur la durée de vie de l'actif. 
L'autre économie vise les primes d'assurance habitation, car les dégâts des eaux représentent souvent autour de 40 à 50 % du nombre de sinistres, devant le vol ou l'incendie. Le coût des catastrophes naturelles liées à l'eau (inondations, sécheresse/retrait-gonflement) se chiffre déjà en milliards d'euros sur une décennie, et progresse avec le changement climatique. Pour les assureurs, l'eau représente le premier sinistre au quotidien et constitue un risque systémique à long terme, d'où l'intérêt de mieux qualifier les bâtiments avec des outils adaptés. Une réponse à la réglementation  européenne qui impose que les investissements "Bleu" ne portent pas atteinte à la ressource en eau et que les acteurs financiers documentent leurs impacts. La plateforme " Global Aqua Building " apporte justement les indicateurs concrets (consommation, réemploi, rejets, risques) qui permettent aux propriétaires, banques et assureurs de prouver le respect de ces nouvelles obligations.

Quels gestes citoyens pouvons-nous d'ores et déjà adopter pour économiser l'eau ?

S. Chambinaud : Il faut raccourcir les douches, traquer les fuites, faire tourner machines et lave-vaisselle en pleine charge. De plus, je préconise de limiter l'eau en bouteille quand celle du robinet est de qualité. J'ajoute qu'il convient de choisir des produits ménagers plus "water-friendly". Enfin, il faut se saisir du sujet avec son syndic, son bailleur ou sa copropriété. La sobriété se joue aussi et surtout à l'échelle du bâtiment. 
Dans tous les cas, cela passe d'abord par une acculturation du sujet. Former, informer !

Propos recueillis par C. Raffaillac - Déc. 25 

  • L'eau en chiffres clés •
    • 150 L. Correspond à la consommation par jour de l'occupant d'un logement.
    • Gain de 30 à 50 %. Économie rendue possible grâce à l'installation d'un mousseur sur un robinet.
    • Jusqu'à -60 %. Réduction de la consommation permise grâce à l'installation d'une douchette économe.
    • -20 % d'eau. Diminution permise sur la totalité de la consommation du bâtiment lorsque les toilettes sont alimentées par l'eau de pluie.
    • 150 L. Quantité d'eau nécessaire pour fabriquer 1m3  de béton.
    • 100 000 L. Équivaut aux besoins en eau pour produire 1 tonne de menuiseries en aluminium.

" L'eau, nouvel Or bleu du Bâtiment et de l'Immobilier ", livre de Sébastien Chambinaud, montre comment intégrer l'efficience hydrique au cœur de chaque projet immobilier.

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