Par Christophe Raffaillac, le 3 Septembre 2019 dans INTERVIEW DE PERSONNALITES - Expert

Si l'emprunteur se doit d'être assuré, il dispose de nouveaux droits pour réduire les frais. Les risques décès, chômage et invalidité peuvent désormais être couverts par un autre assureur que le banquier. Astrid Cousin, du comparateur magnolia.fr, nous donne les astuces pour que le coût du crédit baisse encore plus.

Si les banques se livrent une vraie concurrence au niveau des taux de crédit, elles se montrent plus discrètes par rapport à l'assurance emprunteur. Pourtant, les plans B pour réduire les frais ne manquent pas avec les lois sur la consommation Lagarde, Hamon et Bourquin. Les consommateurs peuvent choisir leur assureur parmi plusieurs acteurs sur le marché. Astrid Cousin, responsable communication du comparateur magnolia.fr, nous donne toutes les modalités pour comparer, résilier et ré-assurer son prêt immobilier.



En quoi consiste la délégation d'assurance de prêt ?

Astrid COUSIN : avec la baisse des taux d'intérêt, le poids de l'assurance emprunteur représente une part de plus en plus importante dans le coût du crédit immobilier. À tel point que le montant des intérêts peut être inférieur à celui de l'assurance, notamment pour des profils de seniors. Ce qui positionne l'assurance emprunteur comme un vrai levier pour réaliser des économies importantes.

À combien s'élève généralement le coût de l'assurance emprunteur ?

Astrid COUSIN : dans le cadre d'une assurance groupe proposée par sa banque, le taux moyen se situe dans une fourchette allant de 0,36 à 0,40 %. Par comparaison, une délégation pour des emprunteurs âgés de moins de 30 ans se traduit par un taux inférieur à 0,10 %. La délégation donne en effet la possibilité à un emprunteur de choisir une assurance autre que celle proposée par l'établissement prêteur, ce qui revient à traiter en direct ou à confier cette négociation à un courtier.

Depuis quand les emprunteurs peuvent-ils choisir leur contrat d'assurance ?

Astrid COUSIN : La loi Lagarde de 2010 visait à délier le crédit de l'assurance pour laisser le libre choix à l'emprunteur. Ce qui a engendré un vrai point de pression de la part des banquiers en direction des assurés. En effet, pour préserver leurs confortables parts de marché - environ 85 % - les banques n'hésitent pas à proposer des taux de crédit préférentiels ou à faire traîner les dossiers, espérant ainsi détourner leurs clients de la délégation d'assurance… Mais d'autres dispositions permettent de faciliter les résiliations.

Dans quels autres cas de figure les assurés peuvent-ils résilier ?

Astrid COUSIN : la loi Hamon de 2014 autorise les emprunteurs à changer d'assurance au cours de la première année de remboursement du prêt. De plus, avec l'amendement Bourquin de 2018, ils peuvent changer de contrat chaque année à date anniversaire à condition de respecter un préavis de 2 mois. Les dispositifs législatifs favorisant la mobilité des emprunteurs se voient donc activés dans plusieurs cas.

Comment les banques se positionnent-elles face à cette réglementation ?

Astrid COUSIN : leader sur le marché de l'assurance emprunteur, les banques peuvent compter sur la diligence de régulateurs tels que l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolutions (ACPR) pour préserver leurs positions ! Les chiffres en attestent puisque notre comparateur totalise seulement 6 000 transferts de dossiers dans le cadre de la loi Bourquin, ce qui reste très faible au regard du nombre d'assurés. À titre d'information, ces changements de contrats représentent 450 millions d'euros de pouvoir d'achat redistribués auprès des assurés. Un réflexe de renégociation qui va sans doute prendre de l'ampleur dans le rang des emprunteurs.

Quelles précautions faut-il prendre avant de changer d'assurance ?

Astrid COUSIN : Il faut en priorité comparer les offres avant de souscrire un nouveau contrat. Ce qui s'accompagne de l'envoi d'un courrier de résiliation en recommandé à la banque, au moins deux mois avant la date anniversaire de l'offre de prêt. Je préconise de prévoir un délai de trois à quatre mois pour faire connaître ses intentions car la banque dispose de 10 jours pour répondre. Il faut en outre veiller à souscrire une formule offrant des garanties équivalentes. Ce qui suppose de bien comprendre tous les termes du contrat, sachant que les compagnies proposent des contrats bâtis sur des trames assez voisines.

La banque peut-elle refuser la résiliation ?

Astrid COUSIN : En cas de refus de la banque, le service juridique de notre comparateur peut prendre le relais pour accompagner l'assuré dans ses démarches.

À combien estimez-vous les gains réalisés pour un emprunt de 200 000 € ?

Astrid COUSIN : en renégociant son contrat dans les deux ans suivant le déblocage du crédit, le gain obtenu peut atteindre 10 000 €. Si les emprunteurs attendent 5 à 7 ans, le bénéfice se chiffre à environ 8 000 € pour des emprunteurs âgés de 35 à 40 ans.

Que conseillez-vous aux assurés dans le contexte actuel ?

Astrid COUSIN : il faut comparer les offres et les rapprocher de ce que l'emprunteur débourse chaque mois dans sa situation actuelle. La difficulté consiste bien souvent à identifier la part que représente l'assurance dans le coût total de la mensualité.

En quoi votre comparateur est-il un précieux outil ?

Astrid COUSIN : il permet de mettre en perspective plusieurs possibilités d'accompagnement au niveau de l'assurance emprunteur et de choisir la plus efficiente.

Propos recueillis par C. Raffaillac le 27/08/2019
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