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Infographie - 27 Mars 2026

Acheter à deux : quand l'amour fait oublier les risques


Acheter à deux : quand l'amour fait oublier les risques

Ils ont visité des dizaines de biens, débattu de chaque pièce, rêvé ensemble d'un jardin ou d'un parquet ancien. Mais derrière ce projet à deux, beaucoup de couples oublient d'anticiper les risques, notamment en cas de séparation.
Menée auprès de 1 360 Français intéressés par l'immobilier, l'enquête exclusive de Notariat Services lève le voile sur les non-dits, les asymétries silencieuses et le paradoxe le plus troublant de l'immobilier à deux : on pense à la mort. Pas à la rupture.

  • Ce qu'il faut retenir : •
    • 51 % des couples décident à 50/50 après discussion… mais 46 % déclarent piloter eux-mêmes le projet au quotidien; au total, dans 59 % des cas, une personne porte l'essentiel du projet
    • La localisation devance le budget comme première source de tensions au sein du couple
    • 71 % se disent protégés en cas de décès, mais 42 % n'ont rien prévu en cas de séparation
    • Près d'un tiers ne consultent le notaire qu'à la signature (28 %) alors que 51 % reconnaissent qu'il faudrait le faire dès la réflexion

On croit décider ensemble quand on achète à deux. Vraiment ?

À première vue, les couples semblent fonctionner en bonne intelligence. 51 % déclarent trancher les décisions à 50/50, après discussion. Une image rassurante d'un projet co-construit, équilibré, démocratique. Mais en grattant un peu, la réalité est plus nuancée.
Car si la décision finale se prend souvent à deux, le pilotage quotidien du projet (recherches, visites, contacts avec la banque, gestion administrative) repose sur une seule personne bien plus souvent qu'on ne le croit. 46 % disent piloter eux-mêmes; et si l'on ajoute les projets majoritairement portés par le ou la partenaire, ou "quasiment tout" fait par un seul, on atteint 59 %. Une asymétrie silencieuse, rarement nommée, qui peut générer frustrations et malentendus bien avant la signature du compromis.
Et les sujets de friction ne manquent pas. Contrairement aux idées reçues, c'est la localisation qui cristallise le plus de tensions au sein des couples, devant le budget et les prix. Le quartier, la proximité des écoles ou du travail, l'attachement à un territoire : autant de dimensions profondément identitaires qui résistent aux compromis purement financiers. Preuve que l'achat immobilier n'est pas qu'une opération patrimoniale, c'est un acte de vie, chargé d'émotions et de projections.
Le stress en est le reflet direct : les répondants évaluent en moyenne à 5,36 sur 10 le niveau de tension que génère le projet immobilier sur leur couple. Et pour 22 % d'entre eux, la pression a été telle qu'ils ont préféré renoncer à un bien plutôt que de mettre leur relation en danger. Un sacrifice peu documenté, mais bien réel.

Qui paie et est-ce qu'on en parle vraiment ?

La question de l'argent reste l'un des grands tabous du couple. L'enquête le confirme : si 56 % des répondants financent le projet à parts égales, une part non négligeable vit une réalité bien différente. 22 % assument l'essentiel du financement, et 9 % décrivent un déséquilibre fort, où un seul partenaire porte quasiment tout le poids financier.
Ce déséquilibre se retrouve dans la répartition des quotités d'assurance : 51 % optent pour un 50/50 par défaut, sans nécessairement l'avoir calibré en fonction des apports réels de chacun. Une décision qui peut sembler anodine au moment de la signature, mais qui prend toute son importance en cas d'accident de la vie.
Plus préoccupant encore : ces déséquilibres sont rarement formalisés. Apports personnels non documentés, contributions inégales passées sous silence, arrangements verbaux qui n'ont aucune valeur juridique… Le couple avance, souvent de bonne foi, sur un terrain miné qu'il ne perçoit pas encore.
Un manque d'anticipation qui peut devenir critique lorsque le projet immobilier rencontre une difficulté ou une séparation.

On pense à la mort. Pas à la rupture.

C'est sans doute le chiffre le plus frappant de cette enquête et le plus révélateur d'un angle mort collectif. 71 % des répondants se disent protégés en cas de décès : tontine, donation entre époux, testament, assurance bien calibrée. La mort, aussi douloureuse soit-elle à envisager, a été anticipée, organisée, sécurisée.
Mais la séparation ? Parmi les couples concernés, 62 % n'ont strictement rien prévu. Pas de convention d'indivision, pas de clause de rachat de parts, pas de réflexion sur le devenir du bien en cas de rupture. Comme si nommer cette éventualité revenait à la provoquer. Comme si l'amour suffisait à tenir lieu de contrat.
Pourtant, les chiffres sont là pour rappeler que la rupture n'est pas un scénario marginal : c'est un risque patrimonial majeur, encore largement sous-estimé par les couples. Selon le ministère de la Justice, plus de 45 % des mariages se terminent par un divorce. Autrement dit, statistiquement, près d'un couple sur deux qui achète ensemble sera confronté un jour à la question du partage.
Cette réalité est d'autant plus préoccupante que les statuts juridiques des couples sont très inégaux face à ces risques. Mariés, pacsés, concubins : chaque statut offre des protections radicalement différentes, que beaucoup de couples ne maîtrisent pas au moment de signer. Pour les concubins notamment, qui ne bénéficient d'aucun régime légal de protection, une séparation sans convention préalable peut déboucher sur une indivision bloquée, voire une vente forcée du bien commun.
Or, en matière immobilière, une séparation non anticipée peut avoir des conséquences financières et juridiques aussi lourdes qu'un décès. Vente contrainte, blocage en indivision, litiges sur les apports personnels… Les situations conflictuelles sont légion, et elles auraient souvent pu être évitées avec quelques précautions prises en amont.

Le notaire : trop tard, trop peu

Face à ces constats, le rôle du notaire apparaît à la fois crucial et sous-exploité. Près d'un tiers des répondants ne le consultent qu'au moment de la signature (28 %), c'est-à-dire lorsque les grandes décisions sont déjà prises, le montage financier arrêté, et les marges de manœuvre réduites au minimum.
Pourtant, 51 % reconnaissent eux-mêmes qu'il serait utile de le consulter dès la phase de réflexion. Il y a là un écart entre la conviction et le comportement, un écart que l'enquête éclaire en partie. Le notaire est encore perçu avant tout comme un "garant juridique" (39 %), voire un "intermédiaire obligatoire" (21 %), plutôt que comme un conseiller de confiance (34 %) capable d'accompagner le projet dans sa globalité.
Et les attentes sont là : 33 % des répondants souhaitent davantage d'explications en amont, avant même que le projet ne soit engagé. Un signal fort, qui dessine les contours d'un accompagnement notarial renouvelé, plus préventif, plus pédagogique, plus présent aux côtés des couples dès les premières questions.

Professionnels : découvrez notre analyse dédiée au rôle du notaire dans l'achat immobilier à deux.

Ce que les couples devraient faire et ne font pas

Les données de l'enquête dessinent en creux une feuille de route que trop peu de couples empruntent :

  1. Anticiper la séparation dès le départ, même quand tout va bien : convention d'indivision, clause de rachat, SCI : ces outils existent et protègent les deux parties.
  2. Calibrer les quotités d'assurance en fonction des apports réels, pas par symétrie de façade.
  3. Formaliser les apports personnels par écrit, pour éviter tout litige ultérieur sur leur nature (don, prêt, apport en capital).
  4. Consulter le notaire en amont, dès la phase de réflexion, pas seulement à la signature.
  5. Parler ouvertement du financement à deux : qui apporte quoi, qui rembourse combien, et comment on protège chacun si la situation évolue.

L'amour ne suffit pas à protéger un patrimoine

L'achat immobilier à deux est un acte d'amour. Mais c'est aussi un acte juridique, financier et patrimonial qui mérite d'être traité comme tel. Cette enquête le rappelle avec force : les couples français s'engagent avec enthousiasme, mais souvent sans filet.
Ils décident ensemble, ou croient le faire. Ils financent parfois de façon très inégale, sans le formaliser. Ils pensent à se protéger de la mort, mais pas de la rupture. Et ils sollicitent le notaire trop tard, alors même qu'ils attendent davantage de lui.
Le notaire n'est pas un intermédiaire obligatoire que l'on subit à la signature. Il est le partenaire de confiance qui transforme un projet de vie en une architecture juridique solide capable de résister aux aléas du temps, des sentiments et de l'économie. Parce qu'un projet immobilier réussi à deux, c'est un projet qui protège chacun, quoi qu'il arrive.

Et anticiper ces risques dès le départ, ce n'est pas fragiliser le couple : c'est le sécuriser durablement.

Pour visualiser l'ensemble des résultats de l'enquête, découvrez l'infographie complète.


Enquête réalisée en février 2026 par Notariat Services / Immonot.com auprès d'abonnés à la newsletter Immonot, représentant un échantillon de Français intéressés par l'immobilier. Sources externes : DREES – Ruptures familiales et séparations conjugales ; Ministère de la Justice – Statistiques des divorces 2024.

Découvrez également notre précédente enquête : Plus qu'un toit, une identité : comment notre logement raconte notre histoire.
 

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