Par Bernard Thion, le 26 Août 2019 dans JE M'INFORME SUR L'IMMOBILIER - Regard sur l'actualité

C'est une courbe dont la forme décrivant la répartition des revenus sur le plan mondial évoque celle d'un éléphant relevant sa trompe. Elle permet une comparaison entre pays qui met en lumière le déclin du "vieux continent".

L'analyse des taux de croissance des revenus sur une période de vingt années, illustrée par la courbe de l'éléphant, a été réalisée par Branko Milanovic, économiste américain réputé travaillant à la Banque Mondiale, qui s'est intéressé aux inégalités dans la redistribution des revenus, entre la chute du mur de Berlin en 1988 et la crise financière de 2008. Le regroupement par pays et sur différents niveaux, du plus pauvre au plus riche, situe les pauvres Américains à la queue du pachyderme, les riches Chinois au sommet de son crâne et les milliardaires de toute origine sur la trompe.



Une richesse qui ne trompe pas…

De bas en haut, par rapport à un niveau moyen d'augmentation des revenus, il y a ceux qui sont en dessous de la moyenne comme les pays très pauvres mais aussi, beaucoup plus surprenant, les classes moyennes des pays développés. Elles se situent au bas de la trompe car leur revenu, bien que très élevé, a stagné ou progressé faiblement pendant toute cette période. En revanche, ceux qui ont eu un fort taux de croissance dessinent le dos de l'éléphant. Ce sont essentiellement les pays asiatiques avec en tête la Chine mais aussi l'Indonésie et à un moindre degré l'Inde. Et puis, tout en haut de la trompe se trouve l'élite mondiale qui a connu une croissance assez vertigineuse pendant toute cette période.

L'Asie aux avant-postes

Dans le rapport illustré par cette courbe, on apprend que 5 % des plus pauvres, même si leur revenu s'est accru, ont eu une croissance inférieure à la moyenne. En revanche, les 1% les plus riches de la planète ont vu leurs revenus continuer à croître très fortement (+ 65 %), 5 % des hauts revenus accaparant 44 % de la croissance mondiale. Mais le plus surprenant dans cette course à la croissance est de constater que l'écrasante majorité des perdants est issue de "l'ancien monde". Elle met ainsi en lumière l'émergence de la classe moyenne asiatique et le déclin relatif de celle des pays riches.

Vers un nouvel ordre mondial ?

Sur le plan politique, certains y voient déjà le signe avant-coureur du basculement de la domination économique du vieux continent vers le nouveau monde des pays émergents, essentiellement asiatiques avec parallèlement la montée d'une élite mondiale largement détachée de son appartenance nationale. Cette croissance des inégalités pourrait alors devenir une menace pour la stabilité de la démocratie avec une dérive vers des pays gouvernés par les riches et pour les riches, à l'exemple de ce qui se passe aux États-Unis.

Moins d'inégalités en France

Dans ce concert des nations, la France apparaît comme le pays européen qui en fait le plus pour réduire les inégalités. Si la Suède redistribue un peu plus équitablement les revenus, le système français, grâce aux impôts élevés et aux nombreuses prestations sociales, permet de réduire le plus fortement l'écart entre les riches et les pauvres. Selon l'Insee, si le revenu brut des 10 % les plus riches y est 22 fois supérieur à celui des 10 % les moins riches, cet écart est ramené à 6 fois grâce aux impôts et aux transferts sociaux.
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