Par Christophe Raffaillac, le 22 Juillet 2019 dans INTERVIEW DE PERSONNALITES - People

Philosophe et musicien, Francis Métivier met à profit ses talents d'auteur pour s'interroger sur les larmes qui nous envahissent… ou que nous contenons. Un nouvel ouvrage qui nous montre que l'état de pleurs aide aussi à nous construire. Encore plus si nous arrivons à poser sur le papier toutes les raisons de nos déceptions ou frustrations ! Interview exclusive pour immonot.

Quel ouvrage nous présentez-vous en ce début d'été ?

Francis MÉTIVIER : Je présente mon dernier livre intitulé « la joie des larmes », une philosophie des pleurs où il s'agit de montrer en quoi pleurer porte un sens philosophique et nous permet de mieux appréhender le monde. C'est nécessaire pour prendre du recul vis-à-vis de soi-même et de ce qui nous arrive dans la vie, en particulier de malheureux et aussi de plus heureux.



Pourquoi ne faut-il pas oublier de pleurer ?

Francis MÉTIVIER : J'analyse le fait de pleurer sur une musique ou au cinéma, le fait de pleurer en public comme Obama qui écrase une petite larme devant les caméras ou à l'occasion de regroupements liés à des marches blanches faisant suite à des drames humains… J'essaie de montrer en quoi, pour différentes raisons et lieux, pleurer devient une nécessité physique, morale et intellectuelle. Et surtout pourquoi il ne faut pas s'en empêcher quitte à pleurer discrètement dans son coin.

Quel sera le thème de votre prochain ouvrage ?

Francis MÉTIVIER : Mon prochain livre, « Kant à la plage » aux éditions Dunod, fait partie d'une collection qui s'intitule « à la plage » où des spécialistes dans un domaine particulier - scientifique, philosophique ou littéraire - présentent au public un auteur réputé comme très ardu. Kant, philosophe allemand du xviiie siècle, n'est pas le plus simple à comprendre. Souvent associé à une philosophie assez complexe, je présente l'auteur de façon très accessible comme on lirait à la plage, d'où le titre de la collection.



Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes pour leur donner envie de s'intéresser à la philosophie ?

Francis MÉTIVIER : Il faut qu'ils essaient d'être au clair avec leur propre questionnement, c'est-à-dire qu'ils posent sur le papier ou dans leur esprit, les problèmes, les angoisses qui les envahissent. Il ne faut pas les refuser et faire de ce questionnement un point de départ dans la vie : qu'est-ce que je vaux, suis-je intégré, que dois-je faire ? Bien sûr, il importe de trouver des réponses et de les écrire sur un cahier. Et je les invite à s'interroger sur la façon dont les philosophes ont traité, à leur manière, tel ou tel problème.Même si certains sont morts depuis 2 500 ans, il faut instaurer un dialogue intérieur avec eux et voir si chacun y adhère ou pas.

Dans quelles conditions vous sentez-vous le mieux pour écrire ?

Francis MÉTIVIER : Aucune en particulier, j'écris essentiellement chez moi mais je peux écrire dans un train, une gare, le bruit et l'agitation me perturbent assez peu. Je peux aussi écrire la nuit si une idée me vient en dormant. Mais j'essaie également de trouver des lieux où je ne peux pas écrire donc je nage, car il faut aussi des moments où l'on n'écrit pas.

Si vous aviez une baguette magique, que feriez-vous pour rendre la philosophie plus accessible ?

Francis MÉTIVIER : Peut-être changer l'attitude de certains philosophes qui semblent prisonniers de leur concept et très distants avec les autres personnes, en particulier dans la façon de questionner les autres personnes.

Quel est votre message pour les lecteurs de ce salon « Lire à Limoges » ?

Francis MÉTIVIER : Lire devrait inciter à écrire et mon conseil c'est « écrivez, écrivez pour vous, vous verrez bien ce que ça donne ». Pour moi, lire est plus un moyen qu'une fin et devrait donner l'envie d'écrire. Écrire permet d'être au clair avec soi-même et de prendre un peu de distance avec ce qu'on a en nous. Une fois sur le papier, on peut le voir et le relire. Écrivez !

Propos recueillis par C. Raffaillac

PORTRAIT

Francis Métivier a initié le concept « Rock'n philo »  qui consiste à faire comprendre les grandes idées de la philosophie en les illustrant par des morceaux rock. Dans son dernier ouvrage « Kant à la plage », il rend accessible les principes fondamentaux de la philosophie kantienne, réputée ardue mais reposant sur une vision saine de l'homme.
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