En quoi le remariage sécurise-t-il les projets immobiliers d'un couple ?
Le mariage ou le remariage offre une protection automatique et puissante du logement de la famille, ce que ne permet pas le PACS ou le concubinage. À commencer par la protection du logement de la famille pendant la vie commune que régit l'article 215 du Code civil. Un époux ne peut pas vendre, donner ou louer le logement de la famille sans le consentement de son conjoint même s'il en est seul propriétaire (article 215 alinéa 3 du CC). Cette protection s'applique aussi lorsque le logement est détenu via une SCI si le droit d'occupation résulte de la qualité d'associé.
La sécurisation résulte aussi du régime matrimonial, car à défaut de contrat de mariage, les époux sont soumis au régime de la communuté légale.
La communauté se compose notamment des acquêts faits par les époux ensemble ou séparément durant le mariage. Un immeuble acheté pendant le mariage avec des revenus professionnels ou des loyers de biens propres à l'époux est en principe commun et soumis à la présomption de communauté.
Pour un couple qui se marie ou se remarie, cela donne un cadre clair :
- L'immeuble acquis durant le mariage est en principe commun.
- Chacun a des droits sur le bien et sur sa valeur.
- Les flux financiers entre patrimoine propre et commun donnent lieu à des récompenses.
- À l'inverse en concubinage, il n'existe pas de présomption comparable.
Le Code civil prévoit en plus que le conjoint survivant a de plein droit, pendant un an, la jouissance gratuite de ce logement et du mobilier (article 763 du CC).
En outre, en présence d'héritiers (notamment d'enfants), le conjoint survivant profite d'un droit d'habitation temporaire puis viager, et se faire attribuer la propriété du logement avec indemnisation éventuelle.
Pour un projet immobilier, c'est une sécurisation majeure que n'offre ni le concubinage ni le PACS.
Aucun droit particulier du concubin ne s'exerce sur le logement de l'autre ou sur les biens. La sécurité des projets immobiliers repose donc uniquement sur des montages choisis (SCI, indivision) sans régime légal protecteur.
Quant au PACS, il organise la propriété des biens entre partenaires où chacun conserve l'administration, la jouissance et la libre disposition de son patrimoine personnel. En cas de décès d'un partenaire, la protection repose sur des instruments comme les libéralités, le démembrement de propriété, le testament…
C'est l'articulation des trois blocs (régime primaire, régime matrimonial et droits successoraux) qui fait du mariage, plus encore du remariage, un vecteur de sécurisation juridique.
Quel régime recommandez-vous si l'un des conjoints exerce une activité indépendante ?
Question clé : jusqu'où les créanciers professionnels pourront-ils atteindre le patrimoine de l'autre époux ou les biens du couple ? À défaut de contrat de mariage, les époux sont soumis au régime légal de la communauté, et les créanciers professionnels de l'époux exercant une activité indépendante peuvent, en principe, atteindre les gains et salaires communs et plus largement les biens communs.
Sous la communauté légale, l'activité indépendante d'un des époux expose non seulement le patrimoine commun mais aussi les revenus communs et les acquêts, soit une large partie du patrimoine.
Le régime de séparation de biens opère une étanchéité des patrimoines, car tous les biens acquis avant et pendant le mariage restent la propriété exclusive de celui qui les achète. En cas de faillite ou de dettes professionnelles, les créanciers de l'indépendant ne peuvent pas saisir les biens professionnels ou personnels du conjoint non commerçant, le patrimoine familial étant à l'abri des risques de l'entreprise.
Lorsqu'un des conjoints exerce une activité indépendante exposée au risque, le choix du régime de la séparation de biens est le plus cohérent pour sécuriser le patrimoine.
Comment organiser les choses lorsque chacun possède des biens propres ?
Si l'objectif prioritaire est de préserver strictement les patrimoines propres existants (par exemple en présence d'enfant d'un premier lit, d'une activité indépendante ou d'un fort déséquilibre patrimonial), le régime de la séparation de biens apparaîtra le plus adapté ; chacun conservant la gestion et la responsabilité de ses biens et ses dettes.
En optant pour un régime en communauté, on peut décider d'intégrer un bien propre avec une clause d'apport en communauté afin que ce bien appartienne aux deux époux, avec d'éventuelles clauses de reprise en cas de divorce.
Pour un couple non marié, le PACS offre une mécanique proche de la séparation de biens avec la possibilité d'opter pour une indivision par moitié sur les acquisitions postérieures. De son côté, le concubinage ne bénéficie d'aucun régime patrimonial spécifique.
Lorsque chacun possède des biens propres, l'organisation peut consister soit à cloisonner les patrimoines (séparation de biens ou PACS) et ne mettre en commun que les biens choisis, soit, en communauté légale, protéger les biens propres par la subrogation et l'emploi/remploi tout en acceptant une communauté sur les acquêts et revenus.
Dans quel cas la donation au dernier vivant est-elle recommandée ?
La donation entre époux de biens à venir dite " donation au dernier vivant " permet d'augmenter et de moduler les droits du conjoint survivant dans la limite de la quotité disponible entre époux.
En présence d'enfants communs, le conjoint n'a de plein droit que le choix entre :
- L'usufruit de la totalité des biens existants.
- Ou la propriété du quart.
- La propriété de la quotité disponible ordinaire (moitié s'il y a un enfant, 1/3 s'il y a deux enfants et 1/4 à partir de trois enfants) ;
- Soit 1/4 en pleine propriété et 3/4 en usufruit ;
- Soit la totalité de ses biens en usufruit.
Lorsque le conjoint survivant est en concours avec des enfants issus d'un autre lit, ses droits légaux sont limités à 1/4 en pleine propriété sans option possible pour l'usufruit de la totalité des biens.
Souvent recommandée, la donation au dernier vivant se justifie car :
- La quotité disponible spéciale entre époux n'est pas réduite et demeure la même que lorsque les enfants sont communs,
- L'usufruit peut être accordé sur la totalité des biens au conjoint.
Pourquoi est-il essentiel de consulter un notaire avant de s'engager dans des projets à deux ?
La consultation du notaire en amont d'un projet de vie ou d'achat immobilier sert à garantir la sécurité juridique et l'équité financière.
Consulter un notaire en amont s'avère donc essentiel, car :
- Les choix de régime matrimonial, de donation entre époux, de structure de détention immobilière ont des effets imbriqués sur la réserve des enfants, la quotité disponible, les droits du conjoint survivant et la réduction éventuelle des libéralités.
- La protection du conjoint, notamment dans les familles recomposées ou en cas d'activité indépendante, suppose une mise au point précise de la donation au dernier vivant, des avantages matrimoniaux et du régime matrimonial.
- La sécurisation du logement familial nécessite d'anticiper la structure de propriété.
Les actes rédigés par un notaire ont date certaine, force probante et force éxécutoire (article 1319 du CC) ce qui protège les engagements de chacun contre toute contestation future.
Propos recueillis en octobre 2026













