Comment est née l'idée de bâtir ce roman autour des accidental killers ?
Isabelle Lagarrigue : L'idée est partie d'un désir très personnel : celui de pardonner. J'ai voulu comprendre ce que peut ressentir une personne qui a ôté la vie sans jamais l'avoir voulu, comment on parvient à grandir et à vivre avec un mort sur la conscience. Pour cela, il me fallait m'approcher au plus près de ces êtres, entrer dans leur intimité pour les comprendre.
Le récit suit Ava, votre personnage principal. Que pouvez-vous en dire ?
Isabelle Lagarrigue : J'en dirai un peu, sans trop en dévoiler ! Ava est une jeune femme de 21 ans, étudiante en psychologie, qui cherche à tout prix à intégrer un programme thérapeutique réunissant de jeunes adultes ayant causé la mort d'autrui alors qu'ils étaient enfants. Elle veut observer, comprendre quel adulte on devient après un tel drame. Mais au fil des pages, le lecteur découvre que sa présence dans ce groupe n'est peut-être pas le fruit du hasard…
Qu'aimeriez-vous que les lecteurs retiennent après avoir refermé Le Groupe ?
Isabelle Lagarrigue : J'aimerais qu'ils se demandent s'il est possible de regarder autrement ceux qui ont commis l'irréparable sans l'avoir voulu. Le roman ne cherche ni à excuser ni à minimiser la douleur des victimes, mais à ouvrir un espace de compréhension. Derrière un drame, il y a parfois plusieurs vies brisées. J'espère surtout que les lecteurs refermeront ce livre avec un peu plus d'empathie et l'idée que la reconstruction reste possible.
Vous vous consacrez pleinement à l'écriture depuis 2019. Qu'est-ce qui a déclenché ce choix ?
Isabelle Lagarrigue : Tout a commencé par une bucket list, cette liste de ce que l'on rêve d'accomplir dans une vie. J'y avais inscrit : " écrire un roman ". Un jour, je me suis lancée. Il m'a fallu quatre ans pour écrire. C'était un accident, publié en auto-édition, qui a rencontré un très beau succès. À partir de là, je me suis autorisée à tout quitter pour vivre de ma passion ; un rêve que je portais depuis toujours...
Comment vivez-vous la reconnaissance qui est aujourd'hui la vôtre ?
Isabelle Lagarrigue : Je mesure le chemin parcouru et la chance qui est la mienne. Surtout, rien ne remplace le contact avec les lectrices et les lecteurs, à qui je dois tout. Je fais ce que j'aime, et je ne connais pas de plus belle émotion que de se lever chaque matin pour exercer ce qui nous passionne.
Où puisez-vous votre inspiration ?
Isabelle Lagarrigue : Partout ! L'art sous toutes ses formes — la musique, le théâtre, les films, les séries — me nourrit. Mais surtout le quotidien, les vraies gens. Dans un train, un bus ou dans la rue, j'observe, j'écoute. Un écrivain est un bel espion du quotidien ! Depuis que j'écris, je vis aux aguets, tous les sens en éveil : une odeur, une parole peuvent tout déclencher.
La nature et la forêt, aussi, sont de véritables refuges.
Propos recueillis en juin 2026 par C. Raffaillac
Le groupe ou comment vivre avec l'irréparable
Peut-on se reconstruire après avoir causé, sans le vouloir, la mort de quelqu'un ? Avec Le Groupe, Isabelle Lagarrigue explore une zone morale rarement abordée en littérature : celle des " accidental killers ", ces personnes qui doivent continuer à vivre avec les conséquences d'un geste involontaire.
À travers un groupe de parole réunissant de jeunes adultes marqués depuis l'enfance par un drame, l'autrice interroge la culpabilité, le pardon et le droit à une seconde chance.
Un roman sensible qui invite moins à juger qu'à comprendre.




