Par Bernard Thion, le 31 Mars 2015 dans JE M'INFORME SUR L'IMMOBILIER - Regard sur l'actualité

Pour relancer une économie vacillante et proche de la déflation, la Banque Centrale Européenne (BCE), imitant ses consoeurs américaines et anglaises, a décidé d'inonder de liquidités la zone euro. Mais d'où viennent ces milliards ?

L'origine de la monnaie

C'est, en effet, 60 milliards d'euros d'obligations publiques et privées que Mario Draghi, président de la BCE, a décidé d'acheter, tous les mois à compter du 9 mars, jusqu'en septembre 2016.

Où va-t-il trouver l'argent nécessaire à ces achats ? Serait-ce grâce à la planche à billets, en vendant les réserves d'or de la Banque ou encore en augmentant les contributions des États ? Aucune de ces solutions n'est envisagée. Cet argent proviendra d'un simple jeu d'écritures. En effet, depuis le XVIIe siècle, les banques ont le pouvoir exorbitant de créer de la monnaie. À cette époque, les orfèvres (Goldsmiths), qui servaient alors de banquiers en Angleterre, se sont aperçus que leur stock de métaux précieux ne descendait jamais au-dessous d'un certain seuil.

Ils eurent alors l'idée de faire fructifier l'argent qui dormait dans leur coffre en émettant des certificats en échange d'une dette et non plus d'un dépôt d'or ou d'argent. Cette monnaie fictive est dite "scripturale" car elle n'existe que dans les écritures. Elle complète depuis lors la monnaie manuelle ou "fiduciaire" correspondant aux pièces métalliques et aux billets en circulation pour former la "masse monétaire". Celle-ci est proche de 10 000 milliards d'euros pour l'ensemble des pays de la zone euro, 10 % provenant des espèces en circulation.

Le mécanisme de la création

L'une des grandes qualités de la banque est de pouvoir ouvrir un crédit à toute personne physique ou morale jugée solvable. Mais pour répondre à chaque demande d'argent, il y a création d'une écriture comptable avec :
- d'un côté, à l'actif, le montant du crédit accordé qui sera remboursé plus tard ;
- de l'autre, au passif, le montant du dépôt mis à disposition du  client.
 
Cette création monétaire a lieu également quand la banque achète des actifs financiers (obligations, titres de créance négociable) ou des devises. L'utilisation de ce dépôt par le client d'une banque va engendrer une "fuite" de monnaie vers une autre banque pour le paiement de fournisseurs ou de salaires. Ces opérations obligent la banque à puiser dans ses réserves et, si ces dernières sont insuffisantes, à emprunter des liquidités auprès des autres banques ou auprès de la Banque Centrale. Cette création de monnaie se fait essentiellement à partir d'une demande de crédit et se détruit lors de son remboursement. La masse monétaire a donc tendance à augmenter en période d'expansion et à se contracter lors des récessions.
 
Suivant la formule bien connue : "les crédits font les dépôts", les banques engendrent ainsi leurs propres ressources. Ce qui, en théorie, leur permet de grossir indéfiniment, du moins tant que particuliers, collectivités et entreprises sont prêts à s'endetter.

Le rôle de la Banque Centrale

Ce pouvoir de création, parce qu'il est exhorbitant, est aussi très contrôlé par les autorités et par la Banque Centrale. Celle-ci est la seule à avoir le privilège de créer de la monnaie "fiduciaire".

C'est ainsi qu'une partie des dépôts se concrétisant par des versements en espèces, la banque de détail va être contrainte d'ouvrir un compte à la Banque Centrale et, en échange, y placer une partie de ses créances et donc de ses ressources. En outre, pour limiter les facilités qu'a le réseau bancaire d'augmenter la masse monétaire, la Banque Centrale va en bloquer une partie en imposant aux banques de détenir une fraction de leurs dépôts sous forme de réserve obligatoire non rémunérée.

Enfin, la réglementation européenne oblige à ce que les fonds propres des banques soient supérieurs à 10 % du total des actifs inscrits au bilan (Bâle III). Ce qui limite d'autant leur développement. Aussi, lorsque Mario Draghi s'engage à racheter les obligations détenues par les banques, et cela à partir d'un simple jeu d'écriture, il allège d'autant leurs actifs. Ce faisant, en remplacement des créances rachetées, les banques vont pouvoir multiplier les crédits et, par conséquent, les investissements nécessaires à la relance de l'économie.
  •  Imprimer