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Accueil > S'informer > TMI > La bougie bordelaise - Juin 2008
Retrouvez la tendance du marché immobilier observée par les notaires pour les 2 mois passés et leurs prévisions pour les 2 mois à venir.
La vente à la bougie permet de céder un bien immobilier de manière originale. Profitant de la vogue internet quelques notaires, notamment bordelais, l’ont améliorée et développent, depuis peu, la vente interactive. Comme le fameux produit de traitement des vignes dont notre titre s’inspire, sera-t-elle un remède efficace aux difficultés du marché ?
En immobilier comme dans tout autre commerce, une bonne négociation suppose que les deux parties puissent apprécier leur position respective, afin d’élaborer un compromis satisfaisant.
La position du vendeur résulte de la connaissance de son bien. Elle découle de données passées : combien l’immeuble a-t-il coûté à l’achat, en restauration, quel profit en a-t-il réalisé, quels sont les prix atteints récemment pour des biens comparables ? La position de l’acheteur est déterminée par ses besoins et ses croyances en l’avenir : quels sont les travaux à prévoir, combien ce logement peut-il être loué et surtout, combien peut-il être revendu en cas d’impondérable. Un accord sera d’autant plus aisément trouvé que les prétentions du vendeur s’ajusteront sur les espoirs de l’acheteur. Mais les modalités des mises en vente y contribuent rarement.
Ainsi, dans la plupart des cas, le vendeur fixe un prix d’offre et l’acheteur suit ou ne suit pas. Quand ce prix est basé sur celui de ventes connues, celles-ci sont obligatoirement plus anciennes. L’offre sera alors surestimée en cas de baisse du marché (et l’acheteur l’ignorera), ou sous-estimée en cas de hausse (ce qui bénéficiera à l'acheteur). Ceci explique, en partie, à la fois l’euphorie de ces dernières années et le marasme actuel. Pour éviter ce déséquilibre, dans certains pays anglo-saxons comme en Écosse, ce sont les acquéreurs qui proposent un prix d’achat, offre qu’ils remettent à un "solicitor". À l’échéance qu’il a fixée, le vendeur retient la proposition la plus intéressante ou retire son bien de la vente. L’acheteur est en permanence confronté à la possibilité qu’un autre fasse une meilleure proposition et optimise donc le prix qu’il est prêt à payer. Ce prix ne peut donc être très différent de la valeur réelle du bien, celle du marché.
Les ventes aux enchères participent toutes d’une philosophie semblable. Mais les acheteurs potentiels étant réunis dans un même lieu où les prix évoluent tandis que trois bougies se consument, leur nombre et leur qualité influencent la formation du prix. Il en va tout autrement des ventes dites "interactives", particulièrement prisées des notaires bordelais [1]. Les acquéreurs potentiels intéressés par un bien mis en vente ont la possibilité d’enchérir sur internet en utilisant un code qui leur a été remis lors de la visite du bien. Sans se connaître, ils peuvent surenchérir pendant 48 h à la dernière offre affichée. À l’issue de ce délai, le vendeur a la possibilité d’accepter ou de retirer son bien de la vente, s’il estime la dernière offre encore insuffisante.
Lancée en 2004, cette pratique n’a été adoptée que confidentiellement dans quelques régions. Mais avec le développement d’internet, un marché baissier et une organisation notariale efficace, elle est à même de séduire actuellement de nombreux vendeurs. Les ventes interactives pourraient ainsi contribuer à raviver un climat que cette enquête décrit comme atone.
[1] Pour plus d’informations sur les ventes notariales interactives, il y a lieu de consulter le site www.min-immo.com
Le regain d’activité dans les études, que laissait prévoir notre dernière enquête pour les mois de mars et d’avril, ne semble pas s’être réalisé. Mais nos correspondants conservent un certain optimisme pour les deux mois à venir puisque moins d’un tiers d’entre eux (29,6 %) seulement pensent que leur activité va se réduire. Il est vrai que dans les services négociations, on observe une diminution des opinions négatives qui, de plus de la moitié en fin d’année, sont revenues à 41,1 %. À Grenoble, les négociateurs expliquent ainsi ce retour à de meilleures perspectives : "Deux premiers mois de l’année inactifs. Reprise en mars et avril avec des mandats ressortis sur des biens en vente depuis six mois, mais à des prix en baisse de 10 %".
La tendance est toujours aussi morose. Le nombre de participants à notre panel, qui constatent et prévoient des baisses de prix, augmente de mois en mois, que ce soit sur les logements ou sur les terrains. Pour les logements, la proportion d’opinions négatives passe ainsi de 53 % à 65 %, plus aucun professionnel ne prévoyant une reprise de la hausse. Comme le moral des français, que mesure l’Insee tous les mois, cette dégradation apparaît de plus en plus préoccupante. Même au niveau des commerces, pour lesquels une amélioration avait été constatée en février, les prévisions redeviennent très pessimistes.
Au niveau des logements, les 2/3 de notre panel préconisentg la revente d’un premier bien avant d’en acquérir un nouveau. Dans un marché qu’ils perçoivent comme baissier, cette attitude est tout à fait logique.
Pour la première fois depuis que cette enquête existe, la même attitude est adoptée pour les terrains par une majorité (54 %) de notaires participant à ce panel. Ce facteur peut être considéré comme un alourdissement plus conséquent du marché.
Les perspectives sont loin d’être réjouissantes. Bien des économistes considèrent, en effet, que la crise économique et financière que l’on connaît actuellement ne va pas se résoudre rapidement, bien au contraire. Elle serait fondamentalement liée à l’absorption par le système actuel, de pays nouveaux au potentiel très élevé que sont la Chine et l’Inde, au détriment des économies occidentales dont le poids relatif devient plus faible. Ainsi, 350 millions de chinois auraient déjà rattrapé le niveau de vie de nos 500 millions d’européens. Dans ces conditions, il n’est pas évident que l’économie occidentale puisse conserver encore longtemps sa suprématie.
Source : Bernard THION - CEREFI - Mai 2008
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