Par Marie Christine Ménoire, le 4 Avril 2016 dans JE VEUX DES INFOS PRATIQUES - Je m'informe sur mes droits

L'auto-construction consiste à bâtir sa maison sans recourir à des professionnels. Un projet ambitieux, mais risqué à plus d'un titre. Et pas forcément plus économique !

L'auto-construction : ce n'est pas plus simple

Contrairement à ce que beaucoup peuvent penser, se transformer en auto-constructeur n’est pas de tout repos. Vous devrez endosser seul plusieurs “casquettes” et faire face à toutes les démarches qu’assument normalement les architectes, les constructeurs et les artisans. Avant même de commencer les travaux, vous devrez notamment :

  • vous documenter sur les techniques de constructions, les matériaux, les normes en vigueur (RT 2012, installations électriques…), les démarches administratives à effectuer ;
  • trouver le terrain, vérifier qu’il est bien constructible, consulter les documents d’urbanisme et faire une étude de sol pour éviter les mauvaises surprises ;
  • établir les plans de votre maison ;
  • dresser votre plan de financement et démarcher les banques pour obtenir un prêt ;
  • déposer le permis de construire (qui ne sera peut-être pas accepté si votre dossier et vos plans ne sont pas conformes ou si vous n’avez pas pris en compte le fait que vous êtes dans un secteur protégé) ;
  • acheter les matériaux…

Avouez que ce serait quand même plus “confortable” de faire confiance à des professionnels qui s’occuperaient de tout à votre place.

L'auto-construction : ce n'est pas plus économique...

Ne vous leurrez pas, il sera plus difficile de trouver un prêt, car les banques n’aiment pas le risque, c’est bien connu. Elles s’entourent de garanties pour faire face aux éventuels litiges et aléas. Aussi, les organismes de crédit se montreront sans doute plus conciliants si les plans de votre maison sont réalisés par un architecte qualifié et si vous confiez le gros œuvre à une entreprise de maçonnerie. En choisissant cette solution, vous bénéficierez notamment de la garantie décennale, tout en vous réservant une partie des travaux.

Peut-être qu’un courtier en prêts pourra également vous aider dans votre démarche pour trouver un financement. Ne perdez pas de vue que si vous êtes locataire, votre chantier va durer dans le temps (parfois jusqu’à 2 ans), et que pendant ce temps, vous allez continuer à payer un loyer. Votre portefeuille pourra également souffrir de votre inexpérience. Vous risquez d’être obligé de démonter ou de changer certaines installations avant d’obtenir le résultat escompté… Et cela engendre un coût ! Si vous cumulez les oublis, les erreurs, les retards et la lassitude physique et “morale”, est-ce que le jeu en vaut la chandelle ?

À savoir : pour le financement, peut-être encore plus que pour un projet immobilier “classique”, l’auto-construction requiert un “profil” emprunteur irréprochable. Les banques se montrent, en effet, encore plus exigeantes pour ce type de projet. Tout va reposer sur sa présentation et vos qualités de persuasion. Préparez le rendez-vous afin de vous y présenter muni de devis, plans, budget prévisionnel… Cela vous permettra de mieux défendre votre cause et de démontrer la viabilité de votre projet d’auto-construction.

L'auto-construction : ce n'est pas sans risque !

Peut-être encore plus que pour une construction “traditionnelle”, l’auto-constructeur doit se prémunir contre un maximum de risques liés aux travaux. Risques pour la maison proprement dite, mais aussi pour lui et les personnes qui viendront l’aider. Avant de vous laisser tenter par l’aventure, sachez que vous aurez peut-être un peu de mal à souscrire :

  • une assurance dommages-ouvrage couvrant les constructions défectueuses. En matière d’auto-construction, elle n’est pas obligatoire. Si vous souhaitez la contracter, vous risquez de vous opposer aux réticences de votre assureur car le risque est important ;
  • la garantie décennale (ou assurance responsabilité professionnelle) concernant les vices ou dommages de construction qui peuvent affecter la solidité de l’ouvrage et de ses équipements indissociables, ou qui le rendent inhabitable ou impropre à l’usage auquel il est destiné. En tant que particulier, vous n’êtes pas tenu de la souscrire. Et il est d’ailleurs très difficile de l’obtenir pour une auto-construction. En cas de revente de votre logement dans les 10 ans suivant la fin du chantier, sachez que tout dommage subi par l’acheteur sera à votre charge (en tant que constructeur). Et cela peut vous coûter très cher !

Vous ne bénéficierez pas non plus des garanties de parfait achèvement, garantie de livraison et garantie biennale de bon fonctionnement. D’un point de vue plus “personnel”, si vous ou une personne travaillant sur le chantier se blesse, que va-t-il se passer ? Rapprochez-vous de votre assureur pour savoir si votre assurance responsabilité civile vous couvre dans le cadre d’une auto-construction. Si ce n’est pas le cas, prévoyez-le, car si vous n’êtes pas couvert et que quelqu’un se blesse sur votre chantier, cela peut aller loin. Parfois jusqu’au procès.

 

Incendie, dégâts des eaux...

Votre assureur demandera à un expert de se déplacer sur les lieux pour évaluer les dégâts, mais aussi chercher les causes du sinistre. S’il s’avère que l’erreur vous est imputable, vous pourrez dire adieu à l’indemnisation.

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