Les banques ont d'importants besoins d'argent qu'elles transforment en prêts immobiliers. En dépit de la crise des "subprime", le gouvernement vient de créer les obligations de financement de l'habitat destinées à leur faciliter la tâche. Mais pourquoi vouloir enrichir les banques tout en creusant notre déficit et risquer une nouvelle crise financière ? La réponse se trouve, sans doute, dans la nécessité de défendre notre position sur le plan international.
La comparaison entre l'évolution des prix aux États-Unis et en France a de quoi surprendre. De 1996 à 2006, les indices ont varié conjointement. La crise des "subprime" qui résulte des facilités qu'ont les banques de prêter en se défaussant du risque par le jeu de la titrisation, a secoué les États-Unis en 2007. Elle a atteint la France l'année suivante. Chez nos voisins d'Outre-Atlantique, les prix ont chuté de 30 % et se sont stabilisés à ce niveau. Chez nous, ils n'ont perdu que 10 % et ont retrouvé, fin 2010, leur niveau antérieur. Les raisons de cet écart sont liées aux conditions de crédit et aux mesures prises pour les encadrer. D'un côté, les taux fixes ; de l'autre, des taux variables avec des conséquences souvent dramatiques et la mise en place d'une régulation plus contraignante chez nos voisins. Mais, dans l'un et l'autre cas, la crise est née de la nécessité qu'ont les banques de trouver de l'argent pour pouvoir le prêter aux acquéreurs de logement. Car, plus la source est aisée, plus les prêts peuvent être nombreux, plus les profits sont grands et plus le pays s'endette. Autrefois, ce sont essentiellement les placements auprès de leur clientèle qui permettaient aux banques d'accroître ces prêts. Ce qui limitait d'autant leur développement. Le livret A, toujours affecté au financement du logement social, mais qui représente moins de 20 % des encours des crédits à l'habitat, en reste le seul témoin. Car le financement de ces crédits provient, pour l'essentiel, du marché financier. Pour ce faire, les banques empruntent de l'argent par l'émission d'obligations internationales qui sont garanties par les prêts qu'elles accordent conjointement.
Très récemment, dans le cadre de la loi sur la "Régulation bancaire et financière", censée mieux contrôler le secteur bancaire, le gouvernement a défini un cadre légal pour les "Obligations de financement de l'Habitat". Ces obligations présentent la particularité de n'être pas émises par la banque qui a besoin de se refinancer, mais par une filiale créée à cet effet. Le processus se déroule en plusieurs étapes. En premier lieu, la banque accorde des prêts immobiliers à des particuliers qui deviennent ainsi ses clients. Elle donne ensuite en gage à sa filiale l'ensemble de ses créances sur l'habitat afin qu'elle puisse émettre des obligations pour l'habitat. Le produit de cette émission est reversé à la banque sous forme de prêt, la banque remboursant sa filiale sur les sommes perçues de ses clients emprunteurs. Ces remboursements permettent alors à la filiale de rémunérer les porteurs d'obligations.
Ce procédé permet ainsi de créer des obligations à partir d'un portefeuille de crédits à des particuliers qui présente, théoriquement, un risque très faible au regard des souscripteurs. Même si les promoteurs de cette loi s'en défendent, la transformation de ces prêts aux particuliers en obligation, c'est-à-dire en titres négociables sur les marchés financiers, s'apparente à une "titrisation", procédé qui fût à l'origine de la crise des "subprime". Sachant que le montant de ces refinancements devrait atteindre 100 milliards d'euros, on ne peut que s'étonner de l'implication des pouvoirs publics dans la construction d'un dispositif qui permet aux banques d'emprunter plus aisément sur les marchés internationaux, mais aussi de s'enrichir, tout en alourdissant notre dette extérieure et en recréant les prémices d'une nouvelle crise financière.
Ce serait oublier que depuis le Moyen-âge et l’époque des banquiers florentins qui finançaient les guerres de François 1er, les banques demeurent indispensables pour assurer la puissance des nations. De fait, dans notre monde occidental, les trois pays qui ont le système bancaire le plus développé sur le plan international, les États-Unis, l’Angleterre et la France sont aussi ceux dont la puissance militaire est la plus souvent mise à contribution. Car, comme dit la fable de La Fontaine, "La raison du plus fort est toujours la meilleure".