Les banques vont beaucoup mieux et le marché immobilier se redresse aux États-Unis comme en France, détrompant ainsi les sombres prévisions faites il y a moins d’un an par des économistes chevronnés. Faut-il y voir quelque signe encourageant des puissances célestes ou plus simplement un meilleur partage des connaissances ?
La crise qui nous vient des États-Unis a commencé fin 2006 par une baisse prononcée du prix des logements américains, l’indice Case et Schiller des vingt plus grands États passant de 210 à 140 entre septembre 2006 et mars 2009. Cette baisse, légèrement supérieure à 30 %, a ramené le niveau des prix immobiliers outre atlantique à celui en vigueur trois années plus tôt. Depuis, il poursuit inexorablement son ascension. Parallèlement, les bourses mondiales ont vu leur valeur s’effondrer de moitié, et depuis mai, elles font preuve d’une excellente santé et ont retrouvé fin octobre le niveau qu’elles avaient un an plus tôt.
Le marché immobilier français ne s’est contracté qu’au dernier trimestre 2007, tant au niveau des volumes qu’au niveau des compromis, entraînant une baisse du prix des contrats de ventes à partir de juin 2008. L’indice Notaires-Insee est ainsi passé de 207 fin mars 2008 à 187 fin juin 2009, soit une baisse de 10 % en plus d’un an. Si l’on établit un parallèle entre les évolutions des prix aux États-Unis et en France, cette baisse devrait se poursuivre jusqu’à retrouver le niveau de l’année 2005. Or, il semble que ce pronostic bien négatif puisse être revu plus favorablement. Les dernières statistiques font état d’un net tassement dans la baisse des prix et d’une bonne reprise de l’activité immobilière. Comment expliquer cette remontée miraculeuse à la fois de la bourse et de l’immobilier en France comme aux Etats-Unis et dans le reste du monde ?
On peut, bien évidemment croire en la clémence des dieux qui, satisfaits d’avoir réveillé nos peurs par un “tsunami” économique, nous prodiguent les aides propres à le combattre efficacement ? En suivant la mythologie grecque, Hermès, dieu du commerce des voyageurs et des voleurs, serait en train de triompher de Tartare né du Chaos ! On peut aussi s’appuyer sur les travaux d’Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie en 2009 et première femme à avoir reçu cette distinction. Elle a une autre vision de la discipline économique que celle actuellement en vigueur. À partir d’une analyse historique et anthropologique, elle démontre que la mise en commun des connaissances est une source de règlement des conflits. Elle met en évidence que, pendant des milliers d’années, les sociétés humaines se sont organisées collectivement pour exploiter et préserver les biens communs. Or, les connaissances, les informations, le réseau Internet lui-même sont autant de nouveaux biens communs du XXIème siècle. Pour cet éminent professeur de l’université d’Indiana aux Etats-Unis, le libre accès à des ressources communes peut avoir une efficacité économique beaucoup plus forte que leur détention par un petit nombre. On peut ainsi penser que l’appropriation par un très grand nombre, grâce à Internet, de la connaissance des faits ayant entraîné la crise et des mesures destinées à l’éradiquer a été un puissant levier pour assurer le sauvetage des économies. Toutefois, cela n’empêche pas de nombreux économistes de dénoncer l’apparition d’une nouvelle bulle spéculative due à l’injection massive de milliards de dollars par les États et les banques centrales. Cette bulle entraînerait une nouvelle crise. Mais sachant que leurs oracles ont souvent fait défaut dans les grandes occasions, on ne s’étonnera pas que d’aucuns préfèrent croire à de célestes pouvoirs. D’autant que la très récente faillite de la banque américaine CIT, spécialisée dans les crédits aux PME, apparaît comme une offrande destinée à amadouer les nouveaux dieux de la Finance…
Consulter la Tendance du marché immobilier