L'immobilier est trop cher, les riches trop riches, les pauvres trop pauvres, les pays trop endettés. Alors, comment en finir avec cette litanie d'abus qui fait prédire aux plus pessimistes l'enterrement de l'Euro ? Une petite dose d'inflation devrait, semble-t-il, faciliter un retour à de meilleurs équilibres.
L'inflation a très mauvaise réputation, car elle rappelle les périodes troubles des guerres et des chocs pétroliers pendant lesquelles elle a pu atteindre des sommets. Cependant, depuis le milieu des années 80, l'inflation n'a jamais excédé 4 %. À la création de l'Euro, en l'an 2000, la Banque Centrale Européenne s'est vue fixer pour mission de la limiter à 2 %. Or, l'inflation possède quelques vertus que nos populations vieillissantes, comme les politiques et les financiers qui nous gouvernent, ont trop tendance à oublier. En premier lieu, elle profite aux débiteurs plus qu'aux créanciers et donc permet, sans douleur, d'alléger la dette publique : 3 % d'inflation sur six ans correspondent à un amenuisement de près de 20 % de celle-ci. De la même manière, elle favorise aussi l'entrepreneur face à son banquier, facilitant l'investissement et donc le travail aux dépens du capital. Elle permet donc une redistribution des efforts et une meilleure répartition des richesses, la faiblesse des taux d'inflation actuels ayant aggravé l'écart entre riches et pauvres. Enfin, l'inflation pèse sur la valorisation des patrimoines, notamment sur les prix de l'immobilier qui ont tendance à baisser. Cependant, c'est une potion à utiliser avec quelque doigté. Plus d'inflation, ce sont des coûts plus élevés qui pèsent alors sur les exportations, à moins que leur augmentation ne soit compensée par une dévaluation de la monnaie et donc un euro plus faible. Dans ce cas, ce sont les pays importateurs de l'Euroland qui seront désavantagés puisqu'ils devront payer plus cher les biens nécessaires à leur développement.
Après avoir été contenu à 1,5 % tout au long de l'année, le taux d'inflation en France est passé brusquement à 1,8 % en décembre 2010, intégrant des hausses spectaculaires comme celles du gaz (+ 13,8 %) et du carburant (+ 14,9 %). Parallèlement, dans la zone Euro, l'inflation a atteint 2,2 % en décembre, dépassant, pour la première fois depuis novembre 2008, le seuil de 2 % surveillé par la Banque Centrale. D'où les craintes d'un relèvement des taux pour éviter un accès de faiblesse de l'Euro, ce qui par contrecoup entraînerait la dégradation d'une croissance déjà très anémiée. Or, comme l'eau miraculeuse prise à la source des meilleurs sanctuaires avait autrefois la réputation de pouvoir soigner les maladies incurables, mieux vaut sans doute un supplément d'inflation comme remède miracle capable de nous sortir d'une crise contre laquelle les préceptes traditionnels ne paraissent pas avoir eu d'effets réellement salutaires.
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