La polémique sur les bonus a mis en évidence le peu d’effet de la crise sur les comportements des financiers qui nous gouvernent. L’un des révélateurs important en a été la possibilité pour les traders d’encaisser des gains considérables sans que ceux qui les emploient maîtrisent correctement les risques qu’ils font prendre à notre société. Ces dirigeants sont d’ailleurs les premiers responsables de ces égarements et c’est donc eux qu’il conviendrait de régir en premier.
Dans les plus belles baies du monde s’agglutinent de superbes vaisseaux appartenant à de vaillants capitaines d’industrie, mais aussi à des trafiquants de tous bords auxquels se mêlent maintenant nombre de traders. Ces opérateurs dont on ignorait l’activité il y a peu, apparaissent depuis la crise comme les nouveaux prédateurs de notre économie. La lecture des sommes versés à certains de ces banquiers (1) laisse rêveur…
La crise a révélé que la contrepartie de ces largesses reposait en partie sur l’économie réelle. Il était donc urgent d’encadrer cet engouement pour des pratiques financières souvent obscures, mais jugées très utiles pour réaliser la liquidité nécessaire au fonctionnement des marchés. C’est, en effet, grâce à cette liquidité que l’on peut trouver en permanence un acheteur et un vendeur pour tous types de produits, qu’ils soient commerciaux ou financiers.
L’activité des traders se déroule comme à la roulette, dans un jeu à somme nulle. Les gains faits par les uns correspondent aux pertes faites par les autres. Seul inconvénient, les sommes mises en jeu par ces financiers de haut vol ne leur appartiennent pas. Théoriquement, ce sont d’abord les fonds propres des banques, propriété de leurs actionnaires. Il en est résulté la faillite de 74 banques américaines depuis le début de l’année. Mais, comme on l’a découvert dans l’affaire MADOFF, c’est bien souvent aussi les fonds déposés par leurs clients qui en pâtissent.
Alors, si l’on veut vraiment moraliser la profession, il faut d’abord revenir à la séparation entre Banque de dépôt et Banque d’affaires et, pour ces dernières, retenir le principe que les perdants payent directement les gagnants. C’est-à-dire que les primes des uns soient prises sur les revenus des autres. Idéalement, ce sont les dirigeants des banques perdantes qui devraient régler personnellement ceux des banques gagnantes. Pour ce faire, on peut imaginer que les uns et les autres aient l’obligation de cotiser à un fonds commun. En fin d’année, les résultats obtenus par chacun permettraient de déterminer la liste des gagnants et des perdants et de payer les primes des premiers sur les fonds déposés par les seconds.
Cette suggestion apparaîtra probablement très contestable aux principaux intéressés qui défendent, bec et ongles leurs privilèges. Jouer avec l’argent des autres est tellement plus confortable que prendre le risque de jouer avec ses propres deniers…
1. Selon « Le Monde » du 16 août, les dix personnes les mieux payées de la BNP se sont partagées 112 millions d’euros en 2007 et 49,907 millions en 2008
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