Les prix des logements semblent poursuivre leur ascension comme les profits des banques. Y aurait-il un lien de causalité ? Ne nous avait-on pas promis de mieux les contrôler pour sortir de la crise ? Promesses vite oubliées qui contribuent à l'envolée des prix immobiliers…
Au moment du sauvetage des banques, plusieurs mesures ont été annoncées par les pouvoirs publics. Parmi celles-ci, deux paraissaient évidentes : d'une part, mieux contrôler les crédits au logement pour éviter les dérives ayant mené à la crise des "subprimes" et, d'autre part, faciliter l'accès au crédit des PME, fer de lance de l'activité économique afin d'enrayer le chômage né de cette situation. Or, après une légère accalmie, les prix de l'immobilier sont repartis de l'avant. Ils flambent à Paris comme au cœur des grandes villes sous la pression des plus fortunés. Parallèlement, de mois en mois, les profits des banques suivent la même pente alors que les conditions de leur activité devraient être rendues plus difficiles par les mesures prises pour éviter leur laxisme antérieur. Enfin, l'une des mesures phares pour aider les entreprises, mais aussi contrepartie des aides apportées par le gouvernement pour assurer le sauvetage des banques, semble avoir échoué si l'on en juge par le chômage actuel.
Or, en examinant l'évolution des crédits bancaires entre août 2008 et janvier 2011 (voir notre tableau), force est de constater que les bonnes décisions prises pour juguler la crise économique et financière n'ont pas fait long feu.
| Volume des crédits en milliards d'euros | 08/08 | 12/08 | 08/09 | 12/09 | 08/10 | 01/11 |
| Logement > 1 an | 108,8 | 96,3 | 73,5 | 79,0 | 114,0 | 144,9 |
| Entreprise > 1 an | 108,6 | 101,4 | 75,1 | 75,1 | 81,0 | 80,7 |
| OAT 10 ans | 4,4 % | 3,5 % | 3,6 % | 3,5 % | 2,7 % | 3,4 % |
Source : banque de France
En 2009, au plus fort de la crise, le montant des crédits au logement à plus d'un an a fortement décru simplement parce que les banques appliquaient les critères d'octroi avec toute la rigueur nécessaire, ce qui suffisait à rejeter une bonne partie des dossiers d'acquisition. Leur encours est alors devenu inférieur à celui des crédits à long terme prêtés aux entreprises. Mais, comme ces derniers s'avèrent nettement plus risqués que l'octroi de prêts pour l'acquisition de logements, ces bonnes dispositions n'ont pas duré très longtemps. Contrairement aux promesses faites, le montant des encours aux entreprises s'est ainsi stabilisé autour de 80 milliards d'Euros en 2010 alors que celui des crédits au logement doublait sans aucun scrupule.
Un second élément, la diminution des taux d'intérêt, a influencé à la fois l'augmentation des prix immobiliers et le profit des banques. Plus les taux sont faibles, plus leur marge d'intermédiation peut être élevée. Or, entre août 2008 et novembre 2010, les taux à long terme (1) sont passés de 4,4 % à 3 % augmentant tout à la fois les possibilités d'emprunt des acquéreurs et les profits bancaires.
Sachant qu'un crédit facile avec des taux faibles encourage les particuliers à s'endetter pour renouveler ou acquérir le logement de leurs rêves, on ne peut s'étonner de "l'insolente santé" qu'a connu contre toute attente le marché immobilier au cours de l'année 2010. Et tant pis pour le chômage ! Mais cela explique aussi en partie, suivant un sondage du quotidien britannique The Guardian, pourquoi 82 % des Français comme une majorité d'Européens, ne font pas confiance à leur gouvernement pour résoudre la crise.
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