Le Président Obama veut inscrire dans la loi américaine des mesures limitant la taille des banques et leurs activités, notamment l'interdiction à toute banque collectant des dépôts de spéculer sur les marchés pour son propre compte. Cela paraît plein de bon sens quand on pense aux ravages causés par la crise économique déclenchée par ces institutions.
Une décision assez simple, mais qui fait débat, est la possibilité de séparer les activités bancaires et de revenir aux pratiques antérieures. Ainsi, jusqu'à la fin des années 80 en France et des années 90 aux États-Unis, banque de dépôt et banque d'affaires avaient des activités clairement dissociées. Pierre Ledoux (1), président de la BNP, déclarait alors que "La responsabilité fondamentale du banquier est d'aider au fonctionnement de la vie économique, de contribuer à faire vivre les entreprises, de créer des activités et des affaires". De son côté, Claude Ruelle (2), président d'une Caisse régionale du Crédit Agricole, estimait que "la nécessité du profit est une évolution qui nous chagrine". Malheureusement, en l'espace d'une dizaine d'années, avec la libéralisation des activités financières, ces mentalités paraissent quelque peu dévoyées. Il est vrai qu'à cette époque, les présidents des grandes banques françaises étaient nommés par le gouvernement (3) et qu'il n'y avait pas de course au bonus.
Les défenseurs de la banque "universelle" prônent que le système actuel qui mêle les deux métiers est une force. En cas de récession économique, les banques de dépôt perdent de l'argent, car les entreprises et les particuliers ont quelques difficultés à rembourser leurs crédits. Elles peuvent alors compenser ces pertes par des opérations d'investissements sur les marchés financiers. Il est alors aisé de répondre que ce sont justement leurs positions sur ces marchés qui ont entraîné leurs pertes dans la crise actuelle. Un grand nombre d'entre elles ne doivent leur salut qu'aux aides obtenues de leur gouvernement.
La nationalisation des banques mises en difficulté a été envisagée, tant aux États-Unis qu'au Royaume-Uni, mais pas en France où les dernières dénationalisations remontent à 2002. Car, la question soulevée est celle du management de ces institutions financières qui, crise aidant, se sont révélées l'une des pierres angulaires de notre système économique. En tant que garant de l'intérêt collectif, l'État doit-il intervenir dans le management des grandes banques ou les laisser entre les mains d'actionnaires et de dirigeants qui n'aspirent qu'à leur enrichissement personnel ? La réponse de Mr. Obama est qu’il faut, pour le moins, encadrer leur liberté d’action en réduisant leur taille et leurs activités spéculatives. Encore faut-il qu'il gagne la bataille contre des lobbies financiers extrêmement puissants et très influents dans la politique économique.
1.Pierre LEDOUX, Journal imprévu d'un banquier, éditions Odile Jacob, janvier 2001
2. Claude RUELLE, Association des Présidents des Caisses Régionales du Crédit Agricole, septembre 1987
3. La BNP a été privatisée en 1993. Le désengagement complet de l'État dans le secteur bancaire est intervenu en 2002 avec la privatisation de la Banque Hervet et la cession des 10 % du capital du Crédit Lyonnais qu'il détenait encore.
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