Par Bernard Thion, le 27 Novembre 2014 dans JE M'INFORME SUR L'IMMOBILIER - Regard sur l'actualité

Suivant la Genèse : "Dieu bénit Noé et ses fils et il leur dit : fructifiez, multipliez, emplissez la terre". Précepte toujours d'actualité à l'origine d'un affrontement de politique économique entre les deux leaders européens.

Évolution historique de la croissance

Sur le plan économique, la croissance recherchée est celle de la production de biens et services (PIB). Elle est le fruit de deux facteurs : la démographie et la production par habitant. Suivant les meilleures estimations disponibles, le taux de croissance moyen a été :
  • de 0,1 % entre l'antiquité et 1700 ;
  • de 1,6 % entre 1700 et 2012 dont 0,8 % pour la seule démographie, la population mondiale passant alors de 700 millions d'habitants à près de 7 milliards actuellement (1).

Pour l'avenir, l'ONU prévoit un taux de croissance de la population ramené à 0,2 % pour la seconde moitié du siècle, avec une croissance négative en Europe (-0,1 %) et en Asie (- 0,2 %). La production par habitant, quant à elle, est beaucoup plus difficile à estimer. Mais il n'existe aucun exemple d'une croissance de la production durablement supérieure à 1,5 %.

Pour les pays riches, on peut tabler sur un taux de 1,2 %. Ce qui permet d'envisager, hors inflation, un taux de croissance moyen pour le PIB au XXIe siècle de 1 %, très inférieur au taux de 3 % que nous avons connu au siècle dernier.

1. Les données chiffrées sont extraites du livre : "Le capital au XXIe siècle" par Thomas Piketty, Ed. du Seuil, 09-2013, pp. 125-176.

Conséquences sur l'économie

Le retour à une croissance faible, voire négative, a des conséquences sur le développement et la puissance des pays, mais aussi sur un accroissement des inégalités, thème particulièrement cher à Thomas Piketty (2).

Une croissance démographique forte diminue l'importance des patrimoines issus du passé, et donc de l'héritage. Inversement, la stagnation de la population (et plus encore sa diminution) accroît l'importance et le poids des fortunes transmises par les générations précédentes et donc des inégalités entre ceux qui héritent et les autres.

En outre, lorsque la croissance est nulle, ou très faible, les différentes fonctions économiques et sociales se reproduisent quasiment à l'identique d'une génération sur l'autre, alors qu'une croissance continue, ne serait-ce que de 1 % par an, contribue à la création permanente de nouvelles fonctions et de nouvelles compétences.

2. Avec Jean Tirole qui vient de recevoir le prix Nobel d'économie, Thomas Piketty fait partie de cette nouvelle génération d'économistes français, mondialement connus qui, suivant le FMI, "façonnent notre vision de l'économie".

Divergence Franco-Allemande

Cela explique ainsi les divergences de vue entre la France et l'Allemagne au niveau de leur politique économique.

D'un côté, Angela Merkel à la tête d'un pays qui va perdre 5 millions d'emplois au cours des dix prochaines années et de l'autre, François Hollande dont le pays sera le plus peuplé d'Europe dans 30 ans.

La première favorise l'accumulation du patrimoine de sa population vieillissante par une stricte discipline budgétaire, tandis que l'autre se bat sans relâche pour la relance de l'investissement, prélude à une croissance suscitée par le dynamisme démographique de ses habitants.
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