Par Bernard Thion, le 11 Décembre 2013 dans JE M'INFORME SUR L'IMMOBILIER - Regard sur l'actualité

Le 8 novembre 2013, Standard and Poor's dégradait la note de la France de AA+ à AA au grand dam de nos dirigeants. Cette décision, beaucoup plus politique qu'économique, révèle la duplicité des agences de notation. Elles semblent, en effet, prendre un malin plaisir à accentuer les rivalités au sein de l'europe au profit du Dieu Dollar.

Les conséquences de la dégradation

Pour la France, cette initiative intempestive n'a eu heureusement aucune conséquence sur le plan économique. L'écart entre les taux d'emprunt à 10 ans en France et en Allemagne n'a jamais été aussi faible. Alors qu'il était de 1,49 au moment de l'élection présidentielle, il était tombé à 0,48 le 7 novembre 2013 et, 4 jours après la dégradation, à 0,47.

Le rôle des agences de notation

Apparues il y a un siècle aux Etats-Unis, les agences de notation ont pour objet de fournir une opinion indépendante sur la capacité des émetteurs à ne pas faire défaut. Cette indépendance est toutefois très contestée, notamment parce qu'elles sont rémunérées par leurs émetteurs privés. On observe d'ailleurs que les grandes banques françaises n'ont pas eu à souffrir de cette récente dégradation, qui n'a touché que l'Etat français?

L'avis du prix Nobel d'économie 2008

Pour l'américain Paul Krugman, "Les agences de notation n'ont aucune information particulière sur la solvabilité nationale, surtout pour de grands pays comme la France". Selon le prix Nobel d'économie 2008, cette décision renvoie plus à l'idéologie de Standard & Poors qu'aux difficultés réelles de la France. Il démontre ainsi que la France est désormais moins bien notée que le Royaume-Uni alors que :
-    le produit intérieur brut (PIB) par habitant y est nettement plus élevé ;
-    que la dette britannique est plus importante ;
-    et que les projections faites pour la France jusqu'en 2018 sont sensiblement meilleures que celles de la Grande-Bretagne.
Il explique, par ailleurs, que l'argument selon lequel les réformes structurelles n'ont pas été faites n'est pas pertinent : "Sauf au FMI et à la Commission européenne, les économistes n'ont pas réussi à déterminer quelles réformes économiques génèrent de la croissance et quel pourcentage de croissance sera généré".

Des raisons plus profondes

Sous couvert de manque de réforme, l'agence déplore que François Hollande accroisse les impôts sur les riches plutôt que de les baisser. En comparaison, les Néerlandais (qui se targuent de faire des "réformes structurelles") ont bénéficié jusqu'en novembre d'un triple A. Ces réformes n'ont pourtant produit aucun résultat. La croissance aux Pays-Bas est, depuis 3 ans, inférieure à celle de la France et le chômage en plus forte hausse. La véritable raison est autre. En effet, en s'invitant dans le débat européen sur l'austérité, les agences américaines attisent les rivalités entre les pays du Nord, la France et les pays du Sud. Elles renforcent le poids des premiers et, par ricochet, la politique de rigueur et de l'Euro fort. Tout cela profite grandement aux exportateurs américains et affaiblit la position des Européens sur le plan international.


Bernard Thion  
NDLR : cet article a été rédigé le 24 novembre 2013.


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