Par Bernard Thion, le 4 Décembre 2013 dans JE M'INFORME SUR L'IMMOBILIER - Regard sur l'actualité

Du "French Bashing", cher à notre ministre des finances, à notre indéfectible pessimisme, sommes-nous victimes de nos désillusions ou de notre culture ?

Du "French Bashing", cher à notre ministre des finances, à notre indéfectible pessimisme, sommes-nous victimes de nos désillusions ou de notre culture ?

Si l'on s'en tient à la définition de wikipedia, le mot anglo-saxon "bashing" a deux significations : d'une part, il traduit une forme violente de défoulement, (comme la frappe d'une balle de golf) et, d'autre part, il s'applique au dénigrement collectif d'un sujet ou d'une personne. Bien évidemment, c'est la deuxième définition qu'il convient de retenir ! Le besoin de se défouler contre nos gouvernants ou nos partis politiques ne s'accompagnant pas encore de violence physique ! En revanche, le fait de dénigrer tout à la fois les politiques, la situation économique et les mesure prises pour tenter de l'améliorer est un jeu auquel se prête volontiers une majorité de Français, quel que soit le parti politique au pouvoir. Ce "bashing" semble d'ailleurs étroitement associé à un pessimisme existentiel qui semble faire la joie des journalistes et des sondeurs étrangers au regard de la vie confortable dont nous bénéficions par rapport à la plupart des autres pays.

Un "sport" national
Selon l'hebdomadaire britannique The Observer, "La France, autrefois fameuse pour sa joie de vivre, souffre de pessimisme existentiel" (1). De son côté l'éditorialiste du New York Times ajoute dans un papier intitulé "Good bye Old World, Bonjour tristesse" : "Les Français sont tellement occupés à se vautrer dans leur aliénation existentielle qu'ils n'ont plus l'énergie d'être grossier" (2). Ces articles font suite à un récent sondage, réalisé par l'institut Gallup-BVA en 2011 puis 2013 dans 51 pays, suivant lequel les Français seraient les champions du monde du pessimisme, loin devant les Afghans et même les Irakiens ! Plus inquiétant et suivant une autre enquête américaine (3), ils sont devenus avec les Grecs les plus anti-européens du vieux continent. En effet, seuls 41 % des Français (contre 43 % des Britanniques, 58 % des Italiens et 60 % des Allemands) demeurent pro-européens. "Aucun pays n'est aussi démotivé et désillusionné que la France" précisent les rédacteurs de cette étude.

Les raisons du défaitisme
Plusieurs chercheurs ont tenté de déterminer les raisons de ce défaitisme des Français, qui se traduit notamment par une consommation excessive des tranquillisants. L'étude la plus importante semble avoir été réalisée par Claudia Senik (4). Elle tente d'expliquer l'énigme du malheur des Français par une dimension culturelle du bonheur. Elle a notamment vérifié que cette infortune n'était pas liée au langage et que les Français vivant à l'étranger se sentaient également plus malheureux que les autres émigrés. En revanche, Claudia Senik note que le bonheur dans la plupart des pays correspond à une mentalité que l'on acquiert très jeune dans les écoles et autres lieux de formation de la jeunesse. Sans en tirer de réelle conclusions, elle se demande si les Français ne seraient pas tout simplement victime de leur culture qui, au dire des Britanniques, les rend si arrogants. Mais c'est peut-être aussi leur volonté de faire mieux sans toujours y parvenir qui conduit les Français vers le "French Bashing", attitude que l'on peut aussi rapprocher du refus de se reposer sur des lauriers. Le "peut mieux faire" du maître d'école est aussi une forme de dénigrement des résultats obtenus, propre à développer le défaitisme des écoliers lorsqu'il est trop souvent répété.

Bernard THION

1. Cité par F. d'Alançon dans son blog du 25 mars 2013.
2. Cf. l'article publié par Marie-Claire le 10 juillet 2013 "Les Français trop moroses pour être grossiers".
3. Etude publiée par l'organisme de recherche américain PewResearch Center et citée par les Echos du 14 mai 2013
4. "The French Unhappiness Puzzle : the Cultural Dimension of Happiness", Claudia Senik, École d'Économie de Paris, 22 juin 2012

  •  Imprimer