Par Bernard Thion, le 22 Janvier 2013 dans JE M'INFORME SUR L'IMMOBILIER - Regard sur l'actualité

Depuis 4 ans, pour satisfaire les marchés financiers, les politiques d'austérité se multiplient en Europe. Mais les résultats ne sont pas au rendez-vous. La potion magique qui devait sauver nos économies semble les intoxiquer plutôt que les guérir.

Entre 2008 et juin 2012, la dette publique s'est accrue de 126 % en Irlande, 55 % en Grèce (1) et 61 % au Portugal. Parallèlement, les PIB qui mesurent l'enrichissement ou l'appauvrissement des pays, ont périclité respectivement de -9 % pour le premier, -16 % et -3 % pour les deux suivants. Or, pendant ces quatre années, ces pays ont accumulé des plans de restriction budgétaire drastiques. Ainsi, plus la potion est sévère, plus l'endettement semble augmenter et le pays s'appauvrir. Ce qui va à l'encontre des objectifs recherchés. Comment expliquer ce phénomène ?

Le cercle vicieux des politiques d'austérité
La dette d'un Etat, comme celle d'un ménage, provient du surcroît de ses dépenses par rapport à ses recettes. Pour inverser cette tendance, les gouvernements s'efforcent d'augmenter les recettes par le biais des impôts et de restreindre les dépenses par réduction des services mis à la disposition de la population. Mal dosées, ces mesures ont des conséquences préjudiciables à la croissance de l'économie.
En effet, sauf à puiser dans l'épargne, une augmentation des impôts se fait forcément au détriment de la consommation intérieure.
Il en va de même de la réduction des services publics qui passe inévitablement par la limitation des investissements et des emplois qui y étaient affectés. Le chômage qui en résulte, aggravé par l'allongement de la durée d'activité nécessaire à l'équilibre des retraites, conduit, lui aussi, à une réduction de la consommation interne. Celle-ci entraîne parallèlement une diminution de la production et une réduction du volume des impôts collectés. Elle a aussi pour conséquence de minorer les importations et donc de freiner la croissance des pays partenaires.

Tempérer l'austérité et stimuler les exportations
Pour échapper à ce cercle vicieux, il faut à la fois aménager les plans d'austérité et stimuler les exportations.
L'intransigeance allemande, en matière de restriction budgétaire pour les pays fragilisés par la crise, apparaît de plus en plus contre-productive aux yeux de la plupart des économistes. Ces derniers prescrivent d'allonger les délais de remboursement de la dette et de réduction des déficits en tenant compte de la plus ou moins grande fragilité des pays concernés.
Mais la stratégie la plus efficace est encore celle d'augmenter les exportations tout en limitant les importations. A l'intérieur de l'Europe, où se font la majorité des échanges commerciaux des différents États, les pays du Nord y dominent les pays du Sud, beaucoup moins industrialisés.
Cependant, comme ces derniers consomment de moins en moins, petit à petit, c'est l'ensemble de l'Europe qui voit son PIB baisser et sa dette publique augmenter. Seules les exportations vers le reste du monde permettent réellement d'inverser cette situation. Les faciliter, c'est tout à la fois améliorer la compétitivité des uns et des autres et obtenir un rééquilibrage des monnaies d'échange par une dévaluation de l'euro.
Tout cela suppose aussi plus de solidarité et non la seule répression des pays en difficulté. Malheureusement, le dernier sommet européen ne semble pas nous engager dans cette voie...

1. Sans tenir compte de l'effacement d'une partie de la dette grecque pour 107 milliards d'euros en mars 2012, ce qui depuis limite cette augmentation à 35 %. Source: Eurostat
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