Par Marie Christine Ménoire, le 4 Novembre 2015 dans J'ACHETE - J'achète dans le neuf

L'auto-construction consiste à bâtir sa maison sans recourir à des professionnels. Un projet ambitieux, mais risqué à plus d'un titre. Et pas forcément plus économique !

Quoi de plus tentant (et valorisant) que de construire de ses mains sa maison. Les adeptes de l’auto-construction vous diront que ça simplifie la vie et surtout que c’est économique. Bref, construire sa maison a l’air d’être un bon plan.

Mais en réalité, même si vous êtes un bricoleur averti, cela ne vous dispensera pas de respecter certaines règles administratives, techniques, les normes et obligations diverses… pour avoir une maison zéro défaut, qui ne mettra pas en péril votre sécurité et celle des personnes qui y habiteront, le tout en respectant les règles d’urbanisme en vigueur. Au final, est-ce vraiment un bon calcul ? On est en droit de se le demander.

Se faire aider : pas toujours facile !
Votre famille et vos amis vous l’ont promis ! Ils seront là en cas de besoin. Mais voilà… Comme par hasard, plus personne n’est disponible le “jour J” pour poser les tuiles de votre toiture par exemple. Difficile de trouver une autre date qui convienne… et en plus, il faut qu’il fasse beau ! Et pendant ce temps-là, votre chantier prend du retard. Alors que si vous aviez signé un contrat de construction, ce genre de mésaventure ne serait pas arrivée ou les jours de retard auraient été facturés à l’artisan défaillant.

L'auto-construction : ce n'est pas plus simple

Contrairement à ce que beaucoup peuvent penser, se transformer en auto-constructeur n’est pas de tout repos. Vous devrez endosser seul plusieurs “casquettes” et faire face à tous les tracas et toutes les démarches qu’assument normalement les architectes, les constructeurs et les artisans. Avant même de commencer les travaux, vous devrez notamment :

  • vous documenter sur les techniques de constructions, les matériaux, les normes en vigueur (RT 2012, installations électriques…), les démarches administratives à effectuer ;
  • trouver le terrain, vérifier qu’il est bien constructible, consulter les documents d’urbanisme et faire une étude de sol pour éviter les mauvaises surprises ;
  • établir les plans de votre maison ;
  • dresser votre plan de financement et démarcher les banques pour obtenir un prêt ;
  • déposer le permis de construire (qui ne sera peut-être pas accepté si votre dossier et vos plans ne sont pas conformes ou si vous n’avez pas pris en compte le fait que vous êtes dans un secteur protégé…) ;
  • acheter les matériaux…
    Avouez que ce serait quand même plus “confortable” de faire confiance à des professionnels qui s’occuperaient de tout à votre place.

À éviter
Il est déconseillé de se lancer seul dans des travaux où les normes sont très strictes et où le risque est majeur en cas de non conformité (gaz, électricité…).

L'auto-construction : ce n'est pas plus économique...

Ne vous leurrez pas, il sera plus difficile de trouver un prêt, car les banques n’aiment pas le risque, c’est bien connu. Elles aiment s’entourer de garanties pour faire face aux éventuels litiges et aléas.
En effet, les organismes de crédit se montreront sans doute un peu plus conciliants si les plans de votre maison sont réalisés par un architecte qualifié et si vous confiez le gros œuvre à une entreprise de maçonnerie.

En choisissant cette solution, vous bénéficierez notamment de la garantie décennale, tout en vous réservant une partie des travaux. Peut-être qu’un courtier en prêts pourra également vous aider dans votre démarche pour trouver un financement. Ne perdez pas de vue que si vous êtes locataire, votre chantier va durer dans le temps (parfois jusqu’à 2 ans), et que pendant ce temps, vous allez continuer à payer un loyer.

Votre portefeuille pourra également souffrir de votre inexpérience. Vous risquez d’être obligé de démonter ou de changer certaines installations avant d’obtenir le résultat escompté… avec le coût que cela engendre… Si vous cumulez les oublis, les erreurs, les retards et la lassitude physique et “morale”, est-ce que le jeu en vaut la chandelle ?

L'auto-construction : ce n'est pas sans risque !

Peut-être encore plus que pour une construction “traditionnelle”, l’auto-constructeur doit se prémunir contre un maximum de risques liés aux travaux. Risques pour la maison proprement dite, mais aussi pour lui et les personnes qui viendront l’aider.
Avant de vous laisser tenter par l’aventure, sachez que vous aurez peut-être un peu de mal à souscrire :

  • une assurance dommages-ouvrage couvrant les constructions défectueuses. En matière d’auto-construction, elle n’est pas obligatoire. Si vous souhaitez la contracter, vous risquez de vous opposer aux réticences de votre assureur car le risque est important ;
  • la garantie décennale (ou assurance responsabilité professionnelle) concernant les vices ou dommages de construction qui peuvent affecter la solidité de l’ouvrage et de ses équipements indissociables, ou qui le rendent inhabitable ou impropre à l’usage auquel il est destiné. En tant que particulier, vous n’êtes pas tenu de la souscrire. Et il est d’ailleurs très difficile de l’obtenir pour une auto-construction. En cas de revente de votre logement dans les 10 ans suivant la fin du chantier, sachez que tout dommage subi par l’acheteur sera à votre charge (en tant que constructeur). Et cela peut vous coûter très cher !

Vous ne bénéficierez pas non plus des garanties de parfait achèvement, garantie de livraison et garantie biennale de bon fonctionnement. D’un point de vue plus “personnel”, si vous ou une personne travaillant sur le chantier se blesse, que va-t-il se passer ? Rapprochez-vous de votre assureur pour savoir si votre assurance responsabilité civile vous couvre dans le cadre d’une auto-construction. Si ce n’est pas le cas, prévoyez-le, car si vous n’êtes pas couvert et que quelqu’un se blesse sur votre chantier, cela peut aller loin et même parfois jusqu’au procès.

Et en cas de sinistre ?
Incendie, dégâts des eaux… votre assureur demandera à un expert de se déplacer sur les lieux pour évaluer les dégâts, mais aussi chercher les causes du sinistre. S’il s’avère que l’erreur vous est imputable, vous pourrez dire adieu à l’indemnisation.

À savoir

Peut-être encore plus que pour un projet immobilier “classique”, l’auto-construction requiert un “profil” emprunteur irréprochable. Les banques se montrent, en effet, encore plus exigeantes pour ce type de projet. Tout va reposer sur sa présentation et vos qualités de persuasion. Vous aurez d’autant plus de chances de convaincre votre interlocuteur que vous aurez pris la peine de ne pas arriver les mains vides. Cela fera moins “improvisé”. Préparez le rendez-vous afin de vous y présenter muni de devis, plans, budget prévisionnel…

Cela vous permettra de mieux défendre votre cause et de démontrer la viabilité de votre projet d’auto-construction. Si vous avez réussi à décrocher une assurance dommages-ouvrage, ce sera encore mieux.

Pensez-y !

Si vous envisagez de vendre votre maison, les acheteurs potentiels seront peut-être un peu sur la réserve si vous leur dites que vous l’avez construit seul. Surtout si vous vendez votre maison avant 10 ans, l’absence de garantie décennale risque d’être un élément dissuasif.

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